Dr Adnane Benazzouz, psychiatre

L’Ombre du Vide   Dans les ruelles sombres de Tanger, où les lumières des réverbères dansaient comme des fantômes hésitants, vivait un homme nommé Abbas. Il avait quarante ans, mais son âme en portait le double, usée par les tempêtes invisibles qui ravageaient son esprit. Abbas était un peintre oublié, un de ces artistes que la vie avait relégué aux marges de la société, où les rêves se fanent comme des toiles inachevées.   Chaque soir, il rentrait dans son atelier exigu et humide, imprégné d’une odeur de regrets. Les murs étaient tapissés de tableaux inachevés : des visages aux yeux vides, des paysages déchirés par des orages imaginaires. Sa femme l’avait quitté des années plus tôt, emportant avec elle le dernier éclat de joie qu’il avait connu et ne lui  laissant que sa bouteille pour unique consollation. Ses amis, s’ils en restaient, n’étaient que des ombres fugaces, des voix au téléphone qui s’estompaient comme des échos.   Ce soir-là, la pluie martelait les vitres comme un appel incessant. Abbas s’assit à son bureau, une bouteille de Vodka à moitié vide à portée de main. Devant lui, une lettre froissée, adressée à personne en particulier. « Pourquoi continuer ? » murmura-t-il, sa voix se brisant dans le silence. Le monde dehors semblait si vivant, si cruellement indifférent à sa douleur. Il imaginait la mer à Tanger, cette étendue d’acier d’eau noire, promesse d’un oubli éternel. Un saut, et tout s’effacerait : les dettes accumulées, les nuits blanches, le vide qui grandissait en lui comme une tumeur invisible.   Mais alors qu’il se levait, une toile ancienne attira son regard. C’était un portrait d’une jeune fille, peint il y a des décennies, avec des yeux qui pétillaient d’une vie qu’il avait oubliée. Était-ce un souvenir ? Une invention de son esprit tourmenté par  les vapeurs d’alcool ? Il effleura la surface craquelée, et pour la première fois depuis longtemps, une larme coula sur sa joue. Pas de tristesse, mais d’une étrange clarté. Le suicide, cette ombre séduisante, n’était pas une fin, mais un mirage. Un mensonge que l’on se raconte quand le monde semble trop lourd.   Abbas déchira la lettre. Il prit un pinceau, trempa dans la peinture fraîche, et commença à recouvrir l’ancien portrait d’une nouvelle couche de couleurs vives. Dehors, la pluie s’apaisait, laissant place à un ciel étoilé. Peut-être que demain serait différent. Ou peut-être pas. Mais pour l’instant, il peignait, et dans cet acte, il trouvait un fil ténu pour s’accrocher.

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