Bouvarel Alain, pédopsychiatre

La crise suicidaire représente aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique tant en Europe que dans les pays du Maghreb, dont le Maroc. Si les taux de suicide et les profils des personnes concernées varient d’un pays à l’autre, plusieurs éléments – épidémiologiques, sociologiques, culturels et psychologiques – convergent pour dessiner un tableau préoccupant, mais qui contient aussi des pistes pour la prévention et l’intervention.   Données Épidémiologiques En Europe, le taux de suicides (mortalité) standardisé reste souvent supérieur à la moyenne mondiale (≈ 9,0 pour 100 000), avec des variations notables selon les pays. Au Maroc, le taux estimé en 2019 était d’environ 7,2 pour 100 000 habitants, ce qui le place au-dessus de plusieurs autres pays du Maghreb (Algérie, Tunisie, Libye, Égypte) où les taux varient entre ~2,5 et 4,5 pour 100 000. Les adolescents et les jeunes adultes sont particulièrement concernés. Par exemple, en Maroc, parmi les élèves du secondaire (âgés de ~1123 ans, moyenne ~ 16 ans), environ 15,7 % ont déclaré des idées suicidaires au cours du dernier mois, ~6,5 % avoir fait une tentative. (PMC) Chez les enfants aussi, les tentatives suicidaires sont en croissance : une étude à Rabat sur trois ans (20122015) a identifié 66 enfants suite à une tentative, avec une moyenne d’âge autour de 13 ans. (PubMed)   Données Sociologiques Le genre est un facteur récurrent : dans de nombreux pays européens, le taux de suicide chez les hommes est nettement supérieur à celui des femmes, tandis que les tentatives, idées ou plans sont proportionnellement plus fréquents chez les femmes. (PMC) Le milieu social, les revenus familiaux faibles, le niveau d’éducation, les ruptures familiales (divorce, conflits) sont associés à un risque accru de comportements suicidaires chez les jeunes au Maroc. (PMC) L’usage de substances psychoactives (alcool, cannabis), le tabagisme, le sentiment de solitude, le harcèlement ou les conflits familiaux apparaissent comme des corrélats forts dans les études portant sur les adolescents marocains. (PMC)   Données Culturelles Le tabou envers le suicide est plus marqué dans certaines sociétés, notamment dans les pays à forte influence religieuse. Cela peut conduire à une sousnotification (les décès sont parfois classés autrement, les tentatives dissimulées) et à une difficulté pour les personnes concernées à chercher de l’aide. (PMC) Les valeurs familiales, l’honneur, la réputation collective, la stigmatisation de la maladie mentale jouent un rôle non négligeable dans la manière dont la crise suicidaire est vécue, exprimée et traitée. Les ressources culturelles (religion,   solidarité communautaire) peuvent à la fois exercer un effet protecteur mais parfois aussi devenir un obstacle à l’expression du malêtre.   Données Psychologiques Parmi les facteurs psychologiques fréquemment identifiés : dépression, anxiété, sentiment de solitude, désespoir, faible estime de soi. Ces états affectifs sont souvent aggravés par des stress psychosociaux (chômage, pression scolaire, insécurité). Les adolescents marocains rapportent que l’anxiété, la faim (insécurité alimentaire), le manque de soutien parental, le harcèlement ou la violence scolaire ou familiale contribuent de manière significative aux idées suicidaires ou aux tentatives. (PMC) Dans le cas des personnes atteintes de maladies mentales sévères (par exemple la schizophrénie au Maroc), le risque de tentative de suicide est élevé (une étude a trouvé ~21,4 % de tentatives parmi des patients hospitalisés), et des symptômes positifs, l’usage de substances, ou la nonadhérence au traitement sont des facteurs aggravants. (Centre info biotechnologique)   Synthèse et Enjeux En résumé, bien que les taux de suicide (dans les statistiques de mortalité) soient généralement plus élevés en Europe que ceux rapportés officiellement au Maroc, les indicateurs de comportements suicidaires non mortels (idées, plans, tentatives) montrent que le Maroc n’est pas épargné, surtout parmi les jeunes. Les facteurs de risque sont multidimensionnels, mêlant le biologique, le psychologique, le sociétal, le culturel. Le défi principal est de repérer les personnes vulnérables tôt, de lutter contre la stigmatisation, d’améliorer l’accès aux soins de santé mentale, et de renforcer les supports sociaux.
Article précédent
Article suivant

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

About Us

Luckily friends do ashamed to do suppose. Tried meant mr smile so. Exquisite behaviour as to middleton perfectly. Chicken no wishing waiting am. Say concerns dwelling graceful.

Services

Most Recent Posts

Company Info

She wholly fat who window extent either formal. Removing welcomed.

Let's Talk

+1-(631) 673-4110
Huntington, New York(NY), 11743

Contact

Portfolio

Plan du site

Accueil

Art thérapie

Galerie

Actualités

Contact

Plan sur Map

© 2024 Created with Love by AMRAOUI